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La nouvelle conquête de la sécurité incendie sur le marché de la logistique

septembre 2018

Directeur de développement chez GSE GROUP, Thierry-René Murat est également membre de l’AFILOG (Association professionnelle regroupant l'ensemble des acteurs de la logistique) faisant de lui un des experts du secteur de la logistique. C’est à ce titre qu’Hervé ROCHÉ (Directeur commercial d’ENGIE Axima Sécurité Incendie) a recueilli sa vision d’expert sur le développement et les perspectives du secteur de la logistique en sécurité incendie.

Thierry Murat

 

Hervé ROCHÉ - Axima Sécurité Incendie (ASI) : Thierry, vous intervenez pour GSE dans différents domaines, quelle est votre vision sur le marché de la logistique ?

C’est un marché en pleine restructuration qui s’inscrit sur le long terme depuis une dizaine d’année. Cela s’explique notamment par divers mouvements dont celui de la grande distribution et du commerce qui construisent actuellement de très grandes plateformes de plus de 100 000 m² (régionales pour l’essentiel). Soit pour alimenter leur développement ou pour leur permettre de distribuer énormément de références. C’est le cas également des plateformes e-commerce qui ont pour objectif la réduction significative des délais d’expédition et qui se doivent de fortement mailler l’ensemble du territoire pour rester très réactifs. Ces nouveaux entrepôts ayant la particularité de ne pas forcément s’implanter sur la dorsale hexagonale (Lille-Paris-Lyon-Marseille) mais dans les campagnes ou les zones industrielles reculées.

Bien qu’il soit très difficile de se projeter à un instant T sur ce marché, la plupart des observateurs envisagent le maintien de la croissance sur les 2 prochaines années, avec un ralentissement à prévoir à N+3 / N+4.

Il faut savoir que l’on construit effectivement beaucoup depuis ces dernières années en France, mais le taux de vacance des entrepôts reste tout de même très faible. On s’aperçoit d’une part qu’il y a toujours de nouveaux motifs émergents pour construire des entrepôts, et d’autres part que les entrepôts de tailles moyennes - délaissés par la grande distribution au profit de leurs nouveaux entrepôts XXL- sont finalement occupés par de nouveaux opérateurs. On assiste même à certains à la réalisation d'entrepôts en blanc pour certains opérateurs, ce qui avait disparu depuis déjà plusieurs années.

Hervé ROCHÉ – ASI : Au titre de l’AFILOG et au travers des récents articles polémiques relatifs à la sécurité incendie et l’impact environnemental de ces sites, quels éléments de réponse pouvez-vous nous apporter sur la dangerosité des entrepôts ?

En permettant des cellules plus grandes au sein des entrepôts, nous ne sommes pas en train de rendre les entrepôts beaucoup plus dangereux. Il s’agit simplement d’une harmonisation visant à se rapprocher des usages de nos voisins européennes qui sont effectivement moins stricts que les règles françaises. L’évolution réglementaire tend à se rapprocher de celle de l’Allemagne ou du Royaume Uni, sans pour autant les égaler.

La France est le seul pays ayant catégorisé les entrepôts dans les installations classées imposant une autorisation environnementale et une procédure avec arrêté préfectoral n’existant nulle part ailleurs. Les entrepôts allemands n’étant pas plus dangereux que les entrepôts français pour autant.

L’aspect non rétroactif des règles fait qu’il y a encore des grands entrepôts historiques qui ne respectent pas le même niveau de protection actuel ou le même compartimentage que les plus récents, créant des disparités parfois importantes en termes de sécurité.

Toutefois, les allégements inscrits dans l’arrêté du 11 avril 2017 en termes de création de nouveaux entrepôts ont été compensés par de nouvelles obligations côté exploitation comme le plan de secours et d’intervention. Les exploitants ayant l’obligation d’aller plus loin dans l’amélioration de leurs moyens de défense contre les incendies.

Hervé ROCHÉ – ASI : Comment expliquer l’absence de contrainte significative sur les entrepôts en froid négatif, la sinistralité en est-elle meilleure que pour les entrepôts « secs » ?

La sinistralité est équivalente entre ces 2 types d’entrepôts. Il y a toutefois un point de crispation très fort sur les traversées de parois par des câbles électriques. Sur des entrepôts anciens avec du bardage métallique sandwich, il existait de nombreux problèmes, les traversées pour l’éclairage sur les plafonds ou des câbles traversants qui n’étaient pas toujours correctement protégés.

On observe des sinistres (prise en glace) liés au sprinkleur sur les entrepôts en froid négatif dus à la mise en place de ces systèmes. La même observation a été faite pour les systèmes de désenfumage qui présentent au fil des années des déficiences d’étanchéité qui conduisait parfois à un effondrement des plafonds à cause de la transformation de l’humidité en glace qui parvenait à s’engouffrer.

Ces retours négatifs ont permis la forte différentiation de traitement des entrepôts secs et en froid négatif.

Note d'Hervé Roché : les précautions nécessaires à la mise en place de sprinkleurs en chambres froides négatives sont pourtant très couramment observées en particulier dans stocks négatifs de tous les centres commerciaux.

Hervé ROCHÉ – ASI : Le texte ICPE 1510 fait mention dans son dernier arrêté de « En cas d’installation de systèmes d’extinction automatique d’incendie, ceux-ci sont conçus, installés et entretenus régulièrement conformément aux référentiels reconnus. L’efficacité de cette installation est qualifiée et vérifiée par des organismes reconnus compétents dans le domaine de l’extinction automatique ; la qualification précise que l’installation est adaptée aux produits stockés et à leurs conditions de stockage. », qui sont pour vous ces référents ?

Le CNPP en fait bien évidemment partie puisqu’il s’agit du référent des référents, dans la mesure où il gère les règles APSAD et délivre les agréments correspondants. Il existe toutefois d’autres organismes compétents tels que FM  ou des correspondants NFPA. Pour des raisons éthiques, l’arrêté ministériel a pour objectif d’ouvrir sur plusieurs types de référentiel et non pas de privilégier un seul acteur.

Notre vision de contractant général n’est pas la recherche particulière d’un organisme reconnu compétent plutôt qu’un autre lors d’un projet de protection. À la manière des usages régissant les tiers experts, il est préférable de faire valider l’expert choisi à l’administration (DREAL) pour se prémunir d’éventuels problèmes.

(Pour en savoir plus sur les réglementations de l'ICPE, cliquez ici )

CNPP logo
logo NFPA

Hervé ROCHÉ – ASI : ENGIE Axima a récemment décidé de revenir sur ce marché logistique économiquement difficile, qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que ce n’est pas un marché à forte valeur ajoutée à proprement parler, toutefois, ce n’est pas non plus un marché économiquement difficile du point de vue constructeur dès l’instant qu’il est possible d’influer sur la conception du bâtiment en amenant une trame standardisée. C’est ce qui explique que le marché de la logistique soit concentré sur un nombre d’acteurs restreints.

Concernant le coût du système sprinkleur sur un entrepôt, on peut l’estimer en moyenne à 25€/m² pour un système ESFR. La normalisation du système sprinkleur doit permettre d’intégrer plus efficacement des projets en logistique afin de ne pas ré-inventer systématiquement de nouveaux procédés et de nouvelles études. Il est préférable de se rapprocher des modes de construction en amont (définition de la trame, choix de l’onde de bac pour permettre de réduire le supportage etc…)  afin de pouvoir proposer un sprinkleur à des coûts moindres.

Remerciements :

Merci à Thierry-René MURAT, Directeur du développement chez GSE GROUP et membre AFILOG, pour avoir accepté notre demande d’interview et partagé avec nous sa vision d’expert métier.

Pour aller plus loin : 

ENGIE Axima Sécurité Incendie est également un expert des risques spéciaux. Découvrez les spécificités de la mousse haut foisonnement avec la protection des stockages de liquides inflammables.

Découvrez également l'interview de Christophe Bodin, directeur du département IAAT (Inspection Audit Assistance Technique) du CNPP, dans le cadre d'une interview concernant les nouveaux enjeux numérique de la sécurité incendie.