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Vision d’experts : sécurité incendie et logistique

décembre 2019

Intégré au sein de la Direction Sûreté & Assurances Groupe de l’entreprise STEF, Mathieu FAUDET est Ingénieur Prévention. Il nous fait part de sa vision actuelle du marché de la logistique et des évolutions à court terme.

 

Vous intervenez pour STEF comme membre AFILOG, quelle est votre vision sur le marché de la logistique en Europe et en particulier en France?

Dans notre société actuelle, on constate aujourd’hui que le temps accordé par les Français au niveau de l’achat et de la préparation des repas a beaucoup diminué. Les consommateurs veulent prendre davantage de temps pour les loisirs et recherchent une alimentation qui soit à la fois pratique et rapide. Par exemple, le drive, la restauration rapide et hors domicile (plats à emporter) se développent beaucoup. Les modes de consommation ne cessent d’évoluer et de se diversifier et cela implique une transformation des canaux de distribution. C’est donc toute la chaîne agroalimentaire qui se réinvente.

 

A l’initiative du GIS, les syndicats d’utilisateurs comme AFILOG ont participé à la révision de la R1. Comment avez-vous perçu cette contribution ?

Dans le cadre de ces révisions, il est vrai que les règles sur la conception sprinkleur sont surtout pensées par l’installateur et l’assureur. Mais on a tendance à oublier un peu le point de vue de l’exploitant qui fait face aux contraintes d’exploitation liées à la présence des sprinkleurs.

Je pense que les exploitants peuvent apporter un autre regard dans le travail de révision de la R1. Être force de proposition sur des évolutions par exemple, plutôt que de rester simples spectateurs dans l’attente des révisions et des additifs.

A mon sens, cela continuera. Les nouvelles technologies qui arrivent sur le marché en logistique se tournent vers un développement de l’automatisation. On aura de plus en plus de robots. Il faudra sûrement amener une réflexion au sein du groupe de travail de la R1 sur ce sujet et peut-être continuer à élargir les groupes de travail pour apporter la meilleure réponse technique.

 

Pourquoi est-on peu confronté au sprinklage des cellules sur le marché de la logistique en froid négatif ?

En surgelé, nous privilégions des cellules de 4 500 m² maximum avec de la détection de fumée haute sensibilité. Généralement, en froid positif nous construisons des cellules de 6 000 m² sprinklées, ou des cellules à moins de 10 mètres de haut lorsque les besoins de stockage sont suffisants.

Toutefois, il est vrai que l’exploitant préfère (comme pour le stockage sec) des cellules supérieures en termes de volume. Moins il y a de murs, plus c’est facile d’exploiter.

Le risque de déclenchement intempestif du sprinkler en froid négatif reste la principale crainte d’un exploitant qui choisirait de construire des cellules de plus grande taille.

 

L’appauvrissement d’oxygène est un moyen de prévention actif des incendies en entrepôts. Quel retour d’expérience en avez-vous et quel est l’impact pour l’assurance ?

Nous avons un site en Suisse qui est équipé d’un système d’appauvrissement d’oxygène. Cela permet de limiter très fortement la capacité d’inflammation du produit et la propagation de la flamme.

Une analyse est réalisée pour connaître le taux d’oxygène qui doit être appliqué dans la chambre en fonction des marchandises stockées. Ce système est considéré comme un moyen de prévention contrairement au sprinkleur qui est un moyen de protection.

En France, le sprinkleur reste très ancré dans les mentalités que ce soit chez les assureurs ou même chez le législateur avec notamment les rubriques ICPE 1510 et 1511, qui font référence à un système d’extinction automatique à eau. Les arrêtés n’ouvrent pas la possibilité à l’appauvrissement d’oxygène.

Il y a quand même des contraintes d’installation importantes. Sur de l’existant, cela me paraît très compliqué car il faut un minimum d’étanchéité de la cellule. Il faut aussi penser à toute la chaîne de mécanisation de manière à limiter les fuites (ouverture des portes, convoyage, etc…). Il faut donc tout anticiper en amont.

C’est vraiment une installation qui peut être adaptée sur un projet automatisé et neuf.

 

Si tu avais une demande à formuler aux installateurs de protection incendie tous domaines, quelle serait-elle ?

Nous avons beaucoup de sites équipés de détection incendie. D’après une étude récente, les exploitants estiment que les fabricants sont en situation de monopole à 71 %.

C’est ce que l’on constate. Pour un site, c’est difficilement compréhensible de ne pas pouvoir accéder au paramétrage d’une centrale incendie comme pour pouvoir modifier des libellés ou quelques petites modifications. Nous sommes propriétaires du matériel mais dépendants des sociétés pour faire des manipulations simples sur la centrale qui, en plus, nous sont facturées.

Nous nous retrouvons régulièrement en difficulté quand on veut confier notre maintenance à un autre prestataire que le fabricant lui-même. C’est très compliqué même si des accords existent. Les fabricants ne sont pas toujours très réactifs et les propositions commerciales ne sont pas souvent très raisonnables.

Même s’il existe des systèmes dit « ouverts », il faudrait pouvoir normaliser les protocoles de communication et non le système complet.

 

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